Je rentre à la maison

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J-3. Avoir une infection dans un pays tropical n’est pas une bonne idée. Aujourd’hui, je pense rester dans le confort de ma chambre et profiter des soins que j’ai eu hier (et de la climatisation) pour continuer de guérir. J’ai quand même prévu d’aller dire au revoir à Pepey ce week end avant mon vol pour Istanbul. Je suis encore surpris d’avoir tenu ce carnet chaque jour. D’en avoir fait tout au long de ce périple, un geste naturel. Je survole ce carnet et je vois la transformation s’opérer. L’Ethiopie me paraît lointaine et à la fois proche quand je m’y replonge. Extraordinaire aventure que cette parenthèse de quelques mois. Peut-être la plus belle que j’ai pu vivre. Une lente traversée du miroir. Je n’ai pas les mots, mais une chose est sûre, je repars bientôt. Sûrement du côté de l’Inde et de l’Afrique. De beaux projets se dessinent, dont un voyage en plusieurs parties, qui se déroulera sur une longue durée. Cet après midi, je me sens à l’endroit de l’apparition et de la disparition de plusieurs mondes. J’ai reçu un email de mon père aujourd’hui. Les trajets convergent à la manière des lignes complexes du réseau aérien. A la vieille de la fin de cette aventure, je m’agite dans ma chambre comme un papillon de nuit. Voir est une drogue dure. Merci d’avoir pris le temps de passer par ici. A bientôt autour d’un café.

Le carnet complet. 2016, en arc de cercle : Ethiopie, Inde, Myanmar, Malaisie, Philippines

La marche lente

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9h. Je sors de ma chambre d’hôtel. Aujourd’hui, il fait une chaleur suffocante sur Manille. Pas un nuage. Pas le moindre signe d’orage. Avec mon infection au pied, je ne peux pas marcher très loin. Je tourne autour de mon hôtel. J’ai beaucoup dormi cette nuit. Atos, Kevin, Pepey et les autres me manquent. Je pense retourner les voir aujourd’hui.
13h. Direction chez Pepey. Je marche en penchant. Les gens se demandent ce qui se passe avec moi. Sur le chemin, je passe devant le cercueil blanc. Grand vaisseau mortuaire ouvert sur le ciel. Dans le cadre qui se trouve à côté du cercueil, c’est l’image d’une femme dans la quarantaine. A quelques mètres du mort se trouve une table avec une télévision où une femme et plusieurs enfants regardent un film. Magnifique image. La vie, la mort,  même endroit. 

Avec ma douleur au pied, je ne suis pas resté longtemps. Mais c’est toujours un bonheur d’être en compagnie de Pepey. Une vieille femme voyant l’état de mon pied, me fait signe d’attendre, rentre chez elle (Kevin me dit qu’elle soigne les gens du quartier) et revient avec une bouteille. Elle m’applique de l’huile sur le pied avant de disparaitre de nouveau dans la maison. Et c’est vrai que depuis, mon pied va mieux. 
Post scriptum : Je suis allé à la pharmacie. Je cherchais des pansements ainsi qu’une aiguille pour crever mon abcès. N’ayant pas d’aiguilles en magasin, j’ai eu droit à une seringue.

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2973

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Je suis retourné voir Atos. En passant devant la cour, je m’aperçois que le cercueil blanc est encore là. On dirait un bateau à quai. Il y a la photo du défunt dans un cadre. Le corps est seul dans le cercueil. Personne dans les parages. Je passe devant la fresque. Le mot happiness brille toujours. En arrivant au 2973, je pensais voir Atos, mais c’est sur Kevin et Pepey que je tombe. Un privilège d’être là. Une marchande ambulante passe, j’offre à manger aux enfants. Un type passe avec un sac de nourriture et m’en offre. L’orage gronde, bientôt deux heures que je suis là. Je dis au revoir. La pluie commence à tomber. Je cours dans la rue. Happiness. Cerceuil blanc. Tours fantômes. L’attraction des contraires.

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Pizza Hawaienne, pus et grand ciseaux noir

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Je suis à Manille que j’aime chaque jour un peu plus. Je pourrai facilement m’installer ici pour quelques mois. Aujourd’hui, je suis allé chez le coiffeur. Salon de quartier comme j’aime. 100 pesos pour une coupe à la Philippino et pour la barbe. Funny face, funny face n’arrête pas de répéter hilare, le jeune homme qui me coupe les cheveux. Je ris avec lui. Jamais vu d’aussi grand ciseaux noir.

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La famille d’Atos

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Il n’y a personne pour te dire de passer quelques jours à Manille. La plupart des gens que tu croises te conseille de fuir la ville. Manille, c’est 1 660 714 habitants. Je ne sais pas pourquoi,  mais depuis le début, il y a quelque chose qui m’attire ici. Peut-être parce que je sens que derrière cette masse,  il y a des gens. Et qu’il suffit de se perdre un peu pour les rencontrer.

Aujourd’hui, je cherchais à m’éloigner des grandes tours. Mon hôtel est dans le quartier des affaires, à Makati. Et j’ai fini par tomber sur une rue ou il y avait une vie de quartier. La pluie tombant violemment, je me suis arrêté dans une cour. Sur un des murs, une grande fresque multicolore avec en grosses lettres le mot happiness. A l’intérieur de la cour, un cercueil blanc. Des bancs. Des gens assis avec des verres à la main. Veillée des morts, picnic d’été. Les enfants jouaient sous la pluie. J’étais au royaume des vivants. En compagnie d’un mort, dont le visage à travers le cercueil ouvert, semblait épouser la noirceur du ciel.

En continuant ma route, j’ai rencontré Atos Araza qui m’a proposé de monter chez lui pour boire un café. Il m’a présenté sa famille. Beau moment de vie. Au coeur du monstre de 1 660 714 habitants, je me sentais chez moi. J’y retourne demain.

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Manille

La jouissance, n’est que cette infime part de ce que nous sommes parvenus à atteindre. Le reste, l’énormité de ce que nous désirons, reste là, perdu à jamais. Je suis à Manille. Il y a ce chauffeur de taxi qui me propose d’aller voir une fille pour 1500 pesos. J’ai devant moi une des tentacules de la pieuvre. On me parle de plaisir. Je ne vois tourner qu’une grande roue du commerce où se tient abandonnée, de la chair à vendre. Dire oui de la tête et vouloir monter dans une chambre pour tenter d’arracher la misère à la misère est un geste qui se dérobe à toute rationalité. Manille à la réalité tranchante d’une lame de rasoir. Tellement que par manque de place, les gens vivent et dorment dans les cimetières. God is love, moteur chrétien, sont les mots que tu peux lire un peu partout sur les vitres des Jeepneys.

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Les rideaux jaunes de la chambre 9

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Chambre 9. Deux lits simples. Rideaux jaunes. Douche et toilette à l’extérieur. 6h du matin. Dernier réveil dans les rizières de Banaue. Direction Manille en mini van avec Bjorn Rossland et sa petite amie. Je pensais prendre le bus, mais j’ai croisé l’excentrique et volubile Bjorn Rossland, photographe (il me montre quelques unes de ses photos érotiques sur instagram) qui part pour Manille et me propose de le suivre. Je dis oui. Pas vécu d’aussi beau trajet depuis l’Afrique. L’impression de traverser le vrai corps des Philippines. Belle entaille de 11h. Vision extraordinaire, surnaturelle. Je te raconterai mieux autour d’un café.

Maintenant je suis à Manille. Ville fascinante. Autour de moi des milliers de tours,  des milliers de secrets, des milliers de tentacules. Autre chambre, autre monde. La télévision est éteinte. Je m’apprête à descendre dans la ville. Je pense à toi.

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