Mon cinema Indien

Il ne fait aucun doute qu’il existe un monde invisible. Cependant, il est permis de se demander à quelle distance il se trouve du centre-ville et jusqu’à quelle heure il est ouvert. Woody Allen

A Delhi, je passe mes derniers jours en Inde dans le quartier de Paharganj. Le soir, c’est un bonheur de regarder la télévision dans une chambre propre, avec l’air conditionné. Je reprends des forces. Pas de rats ici, comme celui qui est venu me visiter en pleine nuit dans ma cellule de moine à Varanasi.

C’est le départ. Bye Bye India. Je reviendrai. Autant, j’ai vécu la grande peur au milieu de cette immense machine à broyer qu’est l’Inde, autant, il y a  longtemps que je ne m’étais pas senti aussi vivant. Je pars avec la sensation d’avoir été au milieu d’un rêve. Il est temps de m’en aller. Le taxi m’attend. Je quitte mon hôtel, direction l’aéroport. Il fait nuit. En même temps que mon taxi s’éloigne, des pétards éclatent, une fanfare, ainsi que des cavaliers apparaissent.  Je quitte Delhi sur la vision d’un mariage qui embrasse la ville. L’Inde n’a pas de limites et me surprend à chaque seconde. A cet instant T, je suis heureux. To be continued.

000000890019 - copie

Quelque chose qui me ressemble

Se trouver devant l’impossibilité d’écrire précisément ce qui a fait la richesse d’un voyage.  Se trouver devant l’impossibilité d’écrire la réalité de ce qui a été touché. Se trouver à accepter que l’on ne peut, en définitif, ne décrire que les contours de ce qui a été vécu. Se trouver à accepter que l’on ne peut ramener à la surface, que des morceaux de l’expérience. Que tout ne peut pas être dit, que la nature des choses est intangible. Comment décrire un sourire et faire comprendre que dans une journée qui s’annonçait mal,   ce sourire nous a fait l’effet d’une bombe à fragmentation, irradiant tout le reste de notre journée ? Comment décrire quelque chose qui n’est pas le Taj Mahal, mais qui a eu son poids sur notre existence ? 

Faire ce que l’on peut.  Réponse provisoire.

000000880007

Ici, on me demande toujours si je suis marié. La question revient avec la constance d’un métronome. J’ai plusieurs histoires. L’une est que je suis marié. Je ne porte pas ma bague de peur de la perde. l’autre est que je suis divorcé. C’est la même chose lorsque qu’on me demande quelle est ma religion. Parfois, je réponds que je ne suis pas croyant. Et parfois, pour éviter de m’engluer dans l’incompréhension, que je suis Chrétien. C’est toujours délicat d’expliquer que l’on ne croit pas en Dieu, ici à Varanasi. Comment le faire comprendre ? Comment parler de foi et de sentiments sans se perdre ? Comment, par exemple, expliquer, qu’entre deux histoires d’amour, je me retrouve toujours dans la glace ? Comment faire comprendre, que pris dans la glace, lentement, je perds l’habitude du corps de l’autre, jusqu’à ce que la glace fonde à nouveau ?

Je me souviens de ce moment dans Pierrot le Fou, de Jean Luc Godard, quand Camille et Ferdinand se retrouvent, allongés sur une plage, quelque part sur la côte d’azur. Il y a la musique d’Antoine Duhamel. Et la façon émouvante, sensuelle, presque tragique, de Camille de dire à Ferdinand, baise moi. Il y a tout la dedans. Et aujourd’hui,  j’en suis là.

Sous la jupe des filles

On peut toujours faire le malin, donner l’impression d’avoir compris quelque chose à la vie, toujours est-il que la vie se termine. Michel Houellebecq

Je me perds dans le dédale du quartier musulman de Varanasi. Jusqu’à ce que je me retrouve sur les ghâts, suivi par une nuée d’enfants qui veulent que je leur paie des cigarettes. Ils me font rire. Avec eux, je suis au cinéma. Je suis dans Accatone de Pier paolo Pasolini. Je suis dans le voleur de bicyclette de Vittorio De Sicca. Plus tard, je tombe sur la grande mosquée d’Aurangzeb, qui est impressionnante. Sous la chaleur écrasante, une touriste, avec une jupe très courte  – chercher l’erreur – monte les escaliers qui mènent à la mosquée. Tout à coup, c’est le spectacle, les enfants aux premières loges, me font signe de m’asseoir avec eux pour regarder ce qui se passe sous la jupe des filles. Paradoxe, incongruité de la situation. Barbes longues, appel à la prière, peux-tu me dire ce que tu comprends du monde ?

000000870010000000880016

SOLITUDE en 35 mm

000000890016

L’histoire de ma vie n’existe pas. Ça n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y avait personne. Marguerite Duras, encore et toujours.

A Varanasi, j’ai une chambre dans une ancienne tour Mongole, qui donne directement sur le Gange. Ce que je vois est incroyable, un autre monde. Quand j’ouvre les volets, le spectacle qui s’offre à moi est du domaine du rêve éveillé.

Depuis deux jours, lorsque je me lève le matin et que je veux  quitter ma chambre,  je me retrouve face à un singe qui m’empêche de sortir. Je dois attendre dans ma chambre qu’il décide de partir. La situation est aussi absurde, qu’effrayante. D’autant plus que ce singe est malade. Son corps semble habiter par la mort. A mon retour, je découvre toujours de longues trainées de merde, qu’il a laissée devant la porte de ma chambre, à la manière d’une peinture de Jackson Pollock.

Ma chambre ressemble à une cellule de moine. le strict minimum, dans un espace minimum. L’électricité coupe plusieurs fois par jour. A cause des singes, encore eux, qui endommagent les fils électriques. Je me lave à l’indienne, quand il y de l’eau. Accroupi, avec un sceau.

La solitude que je vis ici est un cadeau. Même si l’Inde peut s’avérer difficile. C’est la première fois que je suis soumis à une solitude aussi complète, aussi loin de tout et c’est une expérience magnifique.

000000870003

No more posts.