Par dessus les nuages

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Etre le seul client de l’hôtel. Sortir de mon vaisseau de pierre. Aller boire un thé. Me faire inviter à manger dans la maison d’un imam. Boire du carcadet. Parler Islam. Soufisme. Assister à un zikr. Regarder souvent vers le ciel. Je commence à faire mes marques. J’ai trouvé une boutique ou ils font d’excellents desserts. Je me noie dans ma nébuleuse. amour. afrique.

Montre moi tes mains

img_8692Amour. Vouloir l’amour. Envie de me mettre du rouge à ongles. Un peu de fourrure autour du cou. L’envie de ne plus chercher à donner l’image d’un costume qui se tient.

Dans quelques jours, je pars au Soudan. 24 heures de traversée en bateau sur le lac Nasser pour rejoindre Wadi Halfa. Le voyage commence.

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Aswan

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Etre à Aswan et penser à Noel. A ce voile multicolore qui se pose sur le cortège. Diminuer la voilure. Avancer au calme. Se dessine quelque part dans ma tête le visage de mon père. Je n’arrive pas à croire qu’il est parti sans rien nous laisser en partage. Pas de lettres. Pas d’enveloppe avec un peu d’argent. Pas même une boîte en carton avec quelques objets à l’intérieur. Rien. Disparu. Emporté par le silence.

Je ne sais pas pourquoi. On dirait qu’il y aura toujours un bras de distance entre nous. Delphine m’a donné deux photos de lui. Il avait l’air bien. C’était avant que la maladie se déclare. Il paraît qu’il a dit j’ai été puni, lorsque il a su pour sa santé. Superstition, nuage noir, cancer de la gorge ou cancer du sang, nous ne serons jamais.

Je suis à Aswan. Une jeune femme marche dans la rue. De lourdes chaines entravent ses chevilles. Les gens se retournent sur son passage. Puis plus rien.
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Solarium

Se trouver un endroit. On peut penser à une île. Un endroit ou la peau attend sa caresse. Tenir quelqu’un dans ses bras. Arrêter le massacre. Dans mes rêves je descends une parois escarpée qui me sépare du vide et tout se passe bien.

Mettre les compteurs à Off. Allonger les kilomètres sans réfléchir. Se reposer de l’angoisse. Aujourd’hui, Nous sommes le 25 décembre. Merry christmas from Egypt. Tu n’entends pas, mais la télévision joue à plein volume. L’arabe sature dans les enceintes. Dans ma chambre, les ampoules électriques arrosent mon corps d’une lumière noire. Ne me demande pas pourquoi mais j’ai envie de faire l’amour.

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L’image me revient d’une femme en robe de mariée au contrôle des douanes.

J’arpente les rues. J’observe l’ombre d’un homme à travers les barreaux d’une cellule qui parle en arabe à quelqu’un derrière les remparts. Je prends un taxi. Je me perds dans la ville. Baisse de pression. Sensation de flottement. Il m’arrive à Montréal, de perdre la carte au point de ne plus savoir comment me comporter en société. Perte des codes. Vague limite. J’aimerais parfois être sans nom, sans prénom. Ne pas peser sur le monde.

Un épais brouillard de pollution s’étend sur le Caire. Des centaines d’antennes satellites couvrent le toit des immeubles. Jour de prière. Les rues sont presque désertes. Un mauvais film Egyptien joue à la télévision. Je regarde le ballet sans fin des avions.

Cairo

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On te propose une cigarette. Tu déclines par un sourire. Tu es en 1970, dans le charme désuet d’un temps élastique qui s’étire jusqu’à la rupture. Tout autour de toi, des colonnes, des statues gigantesques. La couleur ocre  du sable. Les sourcils dessinés des Egyptiennes. Le voyage n’a pas encore commencé. Il commence. Il commence doucement. Glissement de terrain dans ta tête. On dirait qu’une boue chaude recouvre presque toute la maison. Tout s’efface à mesure qu’un nouvel horizon se dessine. Surface neuve. Echafaudage à plat.
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Un palais sous la mer

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21 avril 2016. Merci Nico de m’emmener en voyage. Je vais bien entendu te suivre à travers ton journal de bord. Comme Delphine te l’a dit, je garde le moral même si ce n’est pas facile tous les jours. Il faut éviter de penser aux difficultés qui vont suivre car ça deviendrait trop difficile à assumer. Sois quand même vigilant dans ce monde où la stabilité n’est pas de règle. Prends bien soin de toi et continues de m’envoyer de la bonne énergie. Avec toute ma tendresse. D

Novembre 2016. Je suis allongé sur le sofa de mon appartement. Les murs sont des feuilles de papiers. Ma voisine chante une berceuse à son enfant. Je pense à mon père. J’ai eu la chance de pouvoir lui parler une dernière fois. Il ne parlait pas fort, mais il m’a dit qu’il voulait voir la lune. Depuis, j’apprends à lire son visage dans les particules d’atomes.

Je me souviens d’avoir entendu que Martha Graham demandait à ses danseurs de marcher comme si leur coeur était accroché au mur. Elle disait aussi : souvenez vous que vous allez mourir. C’est plutôt beau. Ca donne le courage d’être un peu plus libre.

Cet été, je pars deux mois et demi en Inde avec un détour par le Bangladesh. Puis retour à Montréal. Mi décembre, nouveau départ pour une immersion en Afrique. Dans les grandes lignes, j’irais en Egypte, au Soudan, en Ethiopie, et en Tanzanie. Détour probable par l’Inde

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