Epilogue

J’entre dans une boutique pour me faire couper les cheveux. Au moment d’allumer la tondeuse, le coiffeur réalise que l’électricité vient de couper dans le bâtiment. Attente. Il me demande de choisir sur l’internet de son téléphone, une photo d’hommes dont j’aime la coupe pour lui servir de modèle. Je trouve une excuse pour sortir.

Aujourd’hui, j’éprouve une fatigue intense. J’ai le corps à plat. Incapable de faire un geste. Ce matin, j’ai vomi une matière noire dans les toilettes. Je me suis vidé, littéralement. Hotel. Lit. Je m’imagine en Californie, dans une foret de Séquoia. Dans un lac. Dans le lobby de l’hôtel je discute avec un pakistanais vendeur de miel. Homme opulent, avec de grosses liasses de billets dans les poches. Football à la télévision. Émotion dans la gorge. Jus de carotte. Eau. Sel. Je travaille à me refaire un nouvelle flore, un nouvel intestin. Parfois, je me demande si j’ai encore envie de voyager. Peut-être que je suis au seuil d’une nouvelle étape. Envie de faire le ménage. Besoin de créer autre chose. D’aimer à l’intérieur de mes bases. Le premier jour de mon arrivée à Wadi Halfa, j’ai rencontré un jeune qui m’a dit don’t think too much and everything will be fine, à propos du Soudan et je pense qu’il avait raison.

Je regarde internet. Mauvaise nouvelle. Un de mes anciens élèves vient de mourir. Je ne sais pas quoi dire. Je pleure comme un idiot dans mon jus de carotte.