Le film

Aujourd’hui, je me promène dans la ville avec mon appareil photo autour du cou. C’est mon premier jour à Kassala. Une moto avec deux jeunes à son bord, s’arrête devant moi. L’un d’eux, très vite, me dit que je n’ai pas le droit de prendre de photos. Je réponds que j’ai le droit, que j’ai mon permis. Il me demande mon passeport. Je refuse. Il me dit qu’il fait partie de  la police. Je demande à voir sa carte. Il me la montre. Je remarque un révolver dans un étuis en cuir sous sa chemise. Je donne mon passport, mon permis de voyage pour le Soudan ainsi que mon permis de voyage pour le Kassala. Il me demande mon permis de prendre des photos. Je dis que le permis de voyage fait aussi office de permis photos. Il me confisque le passeport et me demande de le suivre au poste de police. J’embarque sur la moto, ma main est posée sur sa taille. Je suis dans un film.

J’arrive au poste. Un immense bâtiment qui semble vide. Très vite, on me demande mon appareil photo. Je refuse. Le jeune à un visage grave. Il me fait entrer dans un vestibule, me dit de m’asseoir. D’autres personnes sont assises dans la pièce à regarder un film Indien à la télévision. Personne est en uniforme, difficile de savoir qui fait partie de la police. Je reste calme. Vingt minutes passent. On vient me chercher pour m’amener dans un autre bâtiment. J’entre dans une pièce. Je découvre six hommes, assis sur des canapés, des chaises. Pas un sourire. Long silence. Pouls limite. On m’invite à m’asseoir. Un homme qui se tient derrière un grand bureau, se lève, me serre la main et me dit avec le plus grand sérieux : welcome to Sudan. Moment de sidération. Il m’explique qu’il y a un problème car les formulaires qu’il a en main, ne sont pas les bons. Je sors de mon sac les originaux et les pose sur son bureau. Il les prend, les regarde attentivement et  finit par me faire signe de la tête que tout est en règle.  Je peux prendre des photos, no problem.