Le fruit mûr

Chaque jour, je marche sans me poser de question. Longtemps. Sans direction précise. Chaos. Ville chaos. Etre ici s’apparente à une forme de méditation. Deux mois et demi. Temps élastique. Papier sablé sur la peau. Lu quelque part, que nous étions soumis à trop d’attachements dans nos vies. Peut-être. Ici rien ne dure. Dans ma chambre, l’électricité coupe plusieurs fois par jour. L’internet aussi. Retour continuel au néant.

J’ai aimé le verre de citron pressé que j’ai bu aujourd’hui. Pressé au pilon, dans la rue défoncée ou j’habite. 20 roupies. Bonheur. l’Inde n’est pas une aberration, mais l’instant révélé. Le résumé du monde.

Je me sens bien. Aucun projet pour aujourd’hui sinon celui de vivre. Ce que j’aime ici, c’est la sensation d’être bousculé. L’impression de me sentir à l’intérieur d’un immense crachoir. Incroyable de penser qu’un tel monde existe.

5 heures du matin. J’imagine que lorsque la mort frappe dans une famille, automatiquement s’opère une reconfiguration pour ceux qui restent. Les relations changent. C’est l’effet du balancier.

C’est toujours après une disparition ou une séparation que l’on se réveille. Que l’on ouvre les yeux. On peut penser que c’est beaucoup trop tard, qu’il aurait fallu se réveiller plus tôt. Je ne crois pas. C’est  l’éternel histoire du fruit qui tombe de l’arbre, quand il est mûr.