Art brut

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Ce matin, je me réveille avec le goût de la nostalgie dans la bouche. Je relis Michel Houellebecq. Et je tombe sur ces lignes dans soumission. On est nostalgique d’un endroit simplement parce qu’on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau et le futur aussi d’ailleurs, il n’y a que le présent qui fasse mal, qu’on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible. 

Je vais rester encore deux ou trois jours à Siquijor. Après retour vers Dumagueté. Et ensuite direction l’île d’Apo pour nager au milieu des tortues. Depuis quelques temps, plusieurs personnes que je croise me propose une cigarette. Je devrais me mettre à fumer. Je me souviens quand j’étais plus jeune, ma mère ne fumait qu’une à deux fois par année. J’aimais la voir avec une cigarette entre les doigts. Quand elle prenait une cigarette c’était un événement. C’était si rare qu’il y avait pour moi dans ce geste, une forme d’appel à la liberté que je trouvais beau. Hier, Bryan Ramiso me dit qu’il a été abandonné par son père, qui est sûrement maintenant à Manille. Et de me dire en riant if i find him, i kill him. J’aime bien ce garçon. Baby Bryan Ramiso Maata.

Et le monde tourne. Il y a quelques billets sur la commode. Quelques pesos. J’apprends qu’Evangeline Rose  n’a pas assez d’argent pour réparer la télévision. La télé reste éteinte dans la grande pièce. Il n’y a pas d’eau courante à la maison. Besoin d’aller la chercher à la pompe. Une partie de l’argent de la famille finance les études de la grande soeur qui étudie en criminologie. J’ai acheté deux bouteilles de soda. On distribue les verres. Je regarde la cuisine. C’est un four en terre cuite. Magnifique objet d’art premier, d’art brut (c’est l’urinoir de Duchamps au milieu de la jungle) comme j’ai déjà pu en voir en Ethiopie ou en Inde. La grand mère a une feuille de bananier sur la jambe qui recouvre une petite plaie. Nous sommes assis sur des bancs. Evangeline Rose berce son bébé dans un hamac. Un autre garçon, dont j’ai oublié le nom, dort à même le perron. Plus tard, en les quittant, je tombe sur un karaoké au milieu de nulle part. Deux chansons pour 5 pesos. Irréel et à la fois bien réel. Les chansons que j’entends, se perdent dans la jungle. Et c’est maintenant with or without you de U2, qui est hurlé sous les palmiers. Siquijor ou ma soumission au réel.

Update. Aujourd’hui, je suis retourné voir la famille d’Evangeline Rose. La grand mère m’accueille en m’offrant deux bananes. Il y a plusieurs bananiers dans le jardin. Soudain, Je suis un arbre à fruits. Elle m’apprend quelques mots de Visayas, la langue locale. Des mots que je note sur mon carnet. La soumission continue. J’y retourne demain.

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Partie 1 et Partie 3