Don’t give up

Le voyage. Refaire le voyage à l’envers. Rembobiner. Revenir en Inde. Refaire le trajet. Me remettre dans ses journées ou la chaleur était écrasante. Même chose pour l’Ethiopie. Même chose pour le Myanmar. Ce n’est pas fini, ce n’est que le début du voyage. Et il y en aura d’autres. Il y en a déjà plusieurs qui se préparent dans ma tête. Rester longtemps quelque part. Rester longtemps. Ne pas faire que passer. Faire le contraire de passer. Rester quelque part. Rester. Ce matin, une femme m’offre une mangue. Et me voila avec une mangue dans mon sac. Avec un fruit. On m’a offert un fruit. Et le fruit, c’est toute l’astuce est meilleure lorsque qu’il est offert. Je m’arrête à un kiosque pour manger un peu. Je sors la mangue, la met sur la table. Ce n’est pas une mangue mais un diamant brut que je dépose. La vendeuse la prend dans sa main, va chercher un couteau et me la prépare dans une petite assiette. Les prières Bouddhistes raisonnent dans les hauts parleurs. Je mange la mangue. Je bois mon thé. Thank you.

Il est est 9h30. Je pars demain pour le lac Inle. Je pourrai rester longtemps à Bagan. Mais j’ai la sensation après l’extraordinaire aventure sur la rivière Irradawi, d’avoir atteint un pic. Un pic d’une richesse difficile à dépasser. Ce matin, je me suis tiré comme un sac à mangues jusqu’au comptoir de l’hôtel pour prendre mon billet de bus. Il faut que je parte, je ne peux pas rester ici éternellement. Demain, je quitte la rivière, pour le lac. 8 heures de trajet. Je me souviens après ma journée avec les pêcheurs sur la rivière Irradawy, le soir en m’allongeant dans mon lit, je sentais encore le mouvement de la barque à l’intérieur de mon corps.

Il est 11h. Il fait très chaud. J’ai loué un vélo pour la journée. J’ai huit ans. Direction le marché pour essayer de trouver un lance pierre. Souvenir totem de mon passage à bagan. J’ai les pierres, il ne me reste plus qu’à trouver l’engin.

12h30, je décide de retourner voir les pêcheurs en début d’après midi pour dire au revoir. Je prends le chemin de terre avec mon vélo. J’ai amené une bouteille de bière, mais personne ne buvant d’alcool, je boirai seul. Encore un moment incroyable. Entouré de beaucoup de douceur. Enormément de douceur même. Le village se déplace. Et ce mouvement remue. Magnifique à observer. Comme une gifle chaude qui ouvre le coeur. Personne ne parlant l’anglais, la communication passe essentiellement par les mains, le birman, les rires. Et le silence, dont personne ne semble avoir peur ici. Une marchande passe avec une glacière. J’offre des popsikle aux enfants. Il est 13h30. On m’invite une nouvelle fois à la pêche. Nous resterons à peine deux heures sur l’eau, le temps d’attraper quelques poissons que les femmes feront frire au retour. Moment de grâce qui agit comme un tordeur. Une enfant s’approche de moi, je peux lire sur son tee shirt la phrase : don’t give up. Il est 16h30. Je dis au revoir. On m’accompagne jusqu’à la route. Et tranquillement une émotion monte.