La longue sieste 

Bach n’a pas inventé sa musique pour rien. C’était pour nous élever vers le ciel. Une sorte de piqure céleste. Et quand je l’ai dans mes oreilles, c’est l’extase. Je vois mieux. Plus puissant que l’acide. Parfois, mon corps se renverse. Je suis une voiture sur la route qui fait des tonneaux. En acier ou en chair, c’est pareil. Aussi fragile quand la fatalité s’en mêle. Tu te retournes aussi facilement qu’une voiture à pleine vitesse.

Hier, j’avais les jambes enfoncées jusqu’au genoux dans la rivière Iraddawi. Je marchais dans la vase. Et aujourd’hui elles le sont encore. Je suis proche de la rivière, dans une autre partie du monde. Dans une autre histoire. Ici le drame d’Orlando n’existe pas. La télé est allumé sur le football. Je suis dans le salon de l’Hotel. Quelqu’un pleure quelque part, même si je ne l’entends pas. La douleur est insondable. Elle l’est sûrement qui explose dans  d’autres parties du monde. On dirait que l’appétit du sang, partout sur la carte est impossible à rassasier.

Aujourd’hui est une journée sans volonté. Après la charge extraordinaire des deux derniers jours, je ressens le besoin de prendre un jour pour ne rien faire. Pour assimiler toute cette beauté qui me dépasse d’une tête et que j’ai reçu de plein fouet. Quel voyage. J’imagine que l’on reçoit, ce que l’on est prêt à recevoir. Ca me change de mon ordinaire Montréalais ou je suis souvent habité par la peur de l’autre, par la névrose du non avec en corollaire toute la merde qui l’accompagne. Ici (et depuis un petit moment déjà) je me sens dans le oui comme rarement j’ai été. Il était temps.

Ca ne m’empêche pas d’être parfois un con comme tout le monde. J’ai ma part de trophées. Champion de la névrose ordinaire, si tu vois ce que je veux dire. Mais ça fait du bien de se redresser un peu. D’arrêter l’espace d’une journée d’avoir peur. D’arrêter de se replier sur soi, même si ce n’est pas gagné. Aujourd’hui, je suis allé au toilette et j’ai essayé le jet d’eau au lieu du papier. Je riais tout seul sur le bol. Retour saisissant aux fondamentaux. Merde et or, don’t forget.

Je pense partir après demain en bus pour le lac Inle. A suivre.