Train de nuit

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L’Impression troublante dans la gare de Yangoon de retourner dans les années 1970. Les gens, le kiosque à journaux, la couleur des murs, le présentateur des nouvelles à la télévision. Retour à des sensations anciennes. Machine à remonter dans le temps. Je suis à Nantes, enfant. Je revois la tapisserie de l’appartement. La moquette. Le visage de ma soeur. Le canapé. La grande lampe ronde. La cuisine. La mémoire voyage. C’est un aller retour express.
 
Dans la gare de Yangoon, tu peux lire en anglais et en birman, sur des écritaux : Warmly welcome and take care of tourists. Nous sommes justement deux touristes à attendre Le train. Et à 14h30, les grilles s’ouvrent. Nous pouvons accéder au quai. Je monte dans mon wagon pour une épopée sur rail de 14 heures. Besoin de sentir les vibrations Birmane me secouer les os sur une longue durée. Je suis assis dans une grande banquette. Une des plus confortable que j’ai connu. Ce n’est pas une banquette mais un trône. Je suis en bonne compagnie. Il y a trois moines  à mes côtés. Un devant moi. Un à ma gauche et un derrière moi. Je suis à l’intérieur d’un triangle spirituel couleur safran sur la route de Mandalay. En sécurité sur le plan du karma. 

Les paysages sont magnifiques. Et des images explosent, comme celles de ces gens qui marchent sur la voie ferré. De ces champs à perte de vue, d’ou émergent hommes et  boeufs. De cette jeune fille au parapluie qui chante sur le quai, des bouteilles d’eau pleins les bras. De cette valse des vendeurs ambulants à chaque arrêt du train. Et celle de ce moine à ma gauche qui écoute du rap sur son téléphone portable.
Je n’ai pas pris de photos des villages traversés. Ni même des tombes de couleurs sous les arbres. De loin, ce n’était pas des tombes mais des immenses confiseries abandonnées dans l’herbe. Ah  oui, à chaque passage du train devant un quai, un homme tend un drapeau vert foncé. Et quand la nuit tombe, allume une lampe au faisceau vert translucide. Comme dans le temps. Et il y a encore des gardes barrières. C’est à pleurer toute cette beauté. Et je n’ai pas parlé des vitres du train qui sont grandes ouvertes. Ni de ces gens dormant sur les quais à la gare de Tazi à 2h du matin et dont certains, de dessous leurs couvertures, lèvent la tête pour voir entrer le train. Vision émouvante et tragique. Nous sommes quelque part dans la nuit.