Marguerite

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Mes ablutions, c’est l’écriture. Les premiers jours en Inde étaient difficiles mais je retrouve ce que j’aime tant ici. Quand je reste longtemps à une même place je (re)prends doucement mes marques. Je m’installe. Ce matin assis à ma fenêtre : chai, jus de mangue, assiette de litchi et tranches de pommes. Hier j’ai aperçu Marguerite Duras dans les vieilles constructions coloniales, quelque part sur les peaux, dans les regards. J’ai lu et relu : Il n’y a pas de vacances à l’amour, ça n’existe pas. L’amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, Il n’y a pas de vacances possibles à ça. Lire Duras, c’est un peu l’entendre. Je ne sais pas pourquoi j’aime tant cette femme. Peut-être pour sa fêlure, il n’y avait qu’à la voir apparaitre sur l’écran de la télévision et écouter sa voix pour comprendre. 
L’érotisme de l’Inde suinte des murs. Je me laisse aller à cette langueur ou le corps devient une statue ancienne. Ce qui compte, au fond c’est boire de l’eau, manger un peu, dormir, faire l’amour. Et s’entourer d’amitié. On devrait être payé pour faire l’amour. Pour s’étreindre.  Derrière les murs, à l’abri du soleil, dans la moiteur épaisse des pièces ou la pénombre règne, il y a des gens qui s’aiment. Par le corps, complètement.
Ici, le corps à un poids, une gravité. Lesté d’une charge supérieure. Comme dans ce gym à Kalighat ou je suis tombé par hasard. Ou dans ces rues, dans ces échoppes. ou partout dans les temples. Ici les corps penchent  dangereusement vers le ciel.

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Aujourd’hui, je retourne à Kalighat, pour visiter le grand temple. Sur le chemin, je retombe sur les statues que j’aime tant. A l’intérieur du temple, alors que je me promène pied nu, sensation extraordinaire, un gardien vient me voir pour me dire de sortir, car je ne dois pas prendre de photos. Je ne prends pas de photos, je suis assis sur un banc, je ne fais que regarder autour de moi le spectacle de kali. L’encens, les fleurs, la ferveur des pèlerins, les chèvres égorgées, les corps des bêtes qu’on enlèvent, la cérémonie du sang versé. Il insiste pour que je sorte, me prend par le bras. Aujourd’hui est un mauvais jour, j’ai les nerfs à vif. Je hausse la voix. Je ne sortirai pas du temple. Il insiste. Je hausse la voix un peu plus. Il me lâche et s’en va. Mais dix minutes plus tard, il revient à la charge. Me reprend pas le bras, insiste pour que je sorte du temple. Je refuse encore. A peine est t’il parti, qu’un autre homme s’approche et veut parler avec moi. Je ne comprends pas ce qu’il dit, il parle en Bengali. Il insiste. Je n’aime pas ce qu’il dégage, il semble s’acharner sur moi. Je m’énerve et le pousse pour qu’il me laisse tranquille. Mais il insiste. Pendant dix minutes, il va me parler en Bengali avec des yeux de feux, pendant que je l’ignore. Quand il fini par s’en aller, les gens autour de moi viennent me voir et se veulent rassurant. Don’t worry, it’s a crazy man. Je ne pense pas que cet homme est fou. Il y a simplement des jours ou l’Inde agit sur toi comme un boomerang. Quand tu es énervé, l’Inde te renvoie à ta colère. Quand tu es calme, l’Inde te renvoie à ton calme. C’est comme ça, c’est la  grande règle Indienne.