Quand la chaleur tombe

A kalighat, j’étais là au moment ou ils ont attachés la chèvre. J’ai vu la lame. Tout le monde était réunis dans la cour pour regarder. Un homme a saisi la lame pendant qu’un autre tenait le corps de la bête. Et il a tranché la tête. D’un coup sec, rapide. Le corps a bougé sur le sol quelques instants, puis c’est endormi. J’ai trouvé beau tous ce sang. Ce sang qu’on nous cache toujours. Ici il a coulé pour de vrai. La tête libérée du reste  du corps, ne semblait pas morte. Les yeux restaient les mêmes. Puissant. Et quelque part, encore voyant, sans souffrance.

Bach, invention n. 9 en F mineur. Glenn Gould chambre 301, Kolkota India. Il est 19h. Je sors de l’hôtel. Et dans la rue, c’est une autre histoire. La chaleur tombe. Atmosphère dantesque. Hallucinante. Je ne sais pas si c’est moi, mais je trouve que le marchand de noix de coco a une tête qui ressemble a une noix de coco. Et plus loin, c’est la même chose avec le vendeur de lichie. A l’intérieur des habitacles, les tuktuks sont éclairés de rose et de bleu. Dans la pénombre qui s’installe, on dirait des lucioles qui envahissent la ville. Les bus Indien, ces immenses taules de métal déglingués trompe la mort, déboulent dans les grandes artères. C’est un chaos inimaginable que je savoure en riant tellement c’est fou. Je fini par m’arrêter dans une rue pour me faire couper les cheveux. Attroupement autour de moi. On m’offre un Chai, on s’accroupi pour me voir de plus près. On fredonne des chansons Bengali. Je suis tellement bien, que quelques part j’en éprouve une tristesse. Ce ne seront, tu verras, ni des larmes de tristesse, ni des larmes de joie, ce seront dans ce chaos qui t’emporte et te dépasse, des larmes d’étonnement d’être au monde.

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