Hotel Aura

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Je sais que chaque jour j’opère une mue, même si par le jeu de la grande névrose, je me suis beaucoup perdu. Je me rappelle, il y a quelques jours, dans cet hôtel à Mumbai, c’est arrivé. J’ai senti que j’abandonnais une ancienne version de moi même. Une coquille de verre brisé, qui dans la pénombre Indienne me faisait penser à un diamant mal taillé. Ce n’est pas fini, tout change. A commencer par les rues de Kolkota qui sont vivantes et qui se réinventent chaque jour. Ici, plus qu’ailleurs, je suis poussé dans mes extrêmes limites, je devrais dire merci à chaque indien qui me rentre dedans car quand quelqu’un frappe à ta porte, il faut ouvrir.

Ce matin, j’ai vu des rats au marché. Ils étaient là dans mes jambes, ne cherchant pas à me fuir. Personne autour de moi, ne cherchant à les chasser. Sans oublier les corbeaux nombreux, le bec plongé dans les restes de viande.  Et maintenant je mange. J’ai confiance à ce qu’il y a dans mon assiette. J’ai commandé du poulet masala avec du riz blanc. Et ce qu’on me présente n’a pas fier allure.  J’ai vu les poulets ce matin au marché, sous cloche. Ils n’avaient pas l’air en grande forme. C’est ce que j’ai dans mon assiette. Il n’y a pas de miracle. En voyage, je suis un estomac, je suis un canal digestif plus qu’ailleurs. Je suis face à l’odeur de ma merde. La diarrhée, ce mot vilain qui me mets face à mon incapacité à contrôler ce qui vient du ventre, j’en fais l’expérience. La mollesse de ma merde ou si tu as moins de chance, sa sortie, complètement liquide, dégénéré, te renvoie à ton état de faiblesse. Ce n’est ni la première fois, ni la dernière fois que je suis réduit à être un robinet à merde. Je préfère en rire.
 
Quand je suis arrivé à Kolkota en pleine nuit avec mon taxi, je suis passé devant l’hôtel Aura. J’ai eu l’idée de demander au taxi de s’arrêter, mais au dernier moment j’ai laissé faire. Et aujourd’hui, c’est là ou je dors. Les chambres sont chères, mais je ne peux pas passer 4 mois à dormir dans des chambres mouroir comme j’ai connu en Ethiopie. J’ai finalement réussi à me débarrasser des puces, mais elles m’ont poursuivi pendant longtemps. Pulsion de vie, avant tout.
Aujourd’hui, je m’arrête pour boire un chai dans une rue et pour manger un biscuit. Je donne 10 roupies. Le vendeur me rends les 10 roupies et essaye de me faire comprendre que ce n’est pas 10 roupies que je dois lui donner, mais 6. 5 roupies pour le chai et 1 roupie pour le biscuit. J’essaye de lui expliquer que si je lui donne 10 roupies, c’est pour qu’il me rende la monnaie. Il ne comprends pas. Ca dure. Finalement il me donne un deuxième chai et il accepte de prendre le billet de 10 roupies.
Plus tard, je rencontre des journalistes du Times of India pendant que je mange tranquillement  une papaye. Ils m’interrogent sur le pourquoi de ma visite à Kolkota. Ils me prennent en photo. Je demande si je vais être dans le journal, ils me répondent peut-être.
Je ne me soucie plus du temps qui passe. Je suis une caravane qui traverse un désert d’Est en Ouest. J’adore, ce que je redoutais il y a quelques semaines : L’expérience de la durée. Je m’abandonne au hasard. Comme aujourd’hui, ou au détour d’une rue de l’extraordinaire  Kali ghat, j’ai rencontré ces enfants.
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