Kolkata by night

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Peindre une ligne est comme un rêve. Toko Shinoda, 102 ans. Voilà ce qui sort de sa bouche. A 102 ans, la vie a fait d’elle un poème. J’arrive à l’aéroport de Kolkata, il est 23h. Dans l’avion, un indien me conseille de ne pas prendre de taxi pour me rendre à Sudder street, trop tard, trop loin, on ne sait jamais avec les taxis ce qui pourrait arriver. Je décide de ne pas l’écouter et de suivre mon instinct. Je prends un prépaid taxi direction Sudder street. Le taxi trace la route à travers la nuit Bangalaise. Kolkota de nuit est magnifique. Mukesh joue à fond. Festival de frissons. Inoubliable. Nous traversons la ville comme dans un rêve. Sur le tableau de bord du taxi, il y a une statue de Ganesha entouré d’un collier de fleurs véritables. Je me dis qu’avec la présence d’un dieu dans la voiture, il ne peut rien m’arriver. Arrivé à destination, je cherche un hôtel. Comme toujours, je n’ai pas fait de réservations. Il est minuit, j’entre dans une première place. A peine ai-je mis un pied sur le marbre de l’établissement, qu’on me fait signe qu’il est complet. Il y a une quantité folle d’hôtels ici, se sera plus simple, au prochain. Même chose, complet. Et ce sera le même rituel dans dix autres hôtels ou l’on me renvoie avec une froideur sidérante. Etrangement je n’ai pas peur. Je suis dans la rue au milieu d’indiens qui dorment dehors. Pourquoi aurais-je peur, alors que des dizaines de personnes dorment  sous la voute du ciel, comme des enfants dans les bras de Kolkata ?

L’ambiance est calme. La nuit se dépose. Je commence à tourner en rond. Il est bientôt, minuit et demi et un homme, voyant que je suis perdu, m’invite à le suivre pour me montrer une place ou dormir. Good hôtel, excellent price. Je n’ai pas confiance, ni dans la rue dans laquelle il veut m’entrainer, ni dans ses yeux. Lorsque quelqu’un insiste à ce point sur le mot confiance, c’est que la confiance a été perdu depuis longtemps. As-tu vu comme cette rue est noire, crois-tu que je vais entrer dans cette noirceur avec toi ? Je reste sur la voie principale.
Apparu de nulle part, un enfant bangladais, contre l’avis de son père décide de m’aider. C’est drôle, il y a quelques jours je décide de ne plus aller à Dakka au Bangladesh et cet enfant qui justement vient de Dakka me sert de guide et m’accompagne à droite et à gauche pour trouver un hôtel. Refus, partout. Complet. Complet. Complet. Complet.
Une heure du matin, à bout de solution, nous tombons sur deux types, dont un avec une partie du visage qui semble avoir été arraché. Ils me proposent de prendre une voiture et de m’amener à un hôtel proche. Confortable. Ce n’est pas parce que tu as le visage ravagé que je ne dois pas te faire confiance. Faut que je prenne un décision. Et l’enfant semble me dire que c’est une bonne alternative. Je dis oui. Je laisse l’enfant derrière moi. Incertitude. J’embarque dans la voiture. Moment de doute quand à la direction que va prendre cette nuit qui se prolonge.
Le taxi me dépose à un hôtel, comme promis. 3 étoiles. Je paie le prix fort. 80 dollars. Dans ma chambre, chargé d’adrénaline, je mettrai deux heures à m’endormir. Intense nuit. Etrange sensation d’être arrivé à Kolkata, comme dans un rêve.
Certaines formes flottent dans mon esprit. Des arômes, une brise soufflant, une rafale de pluie trempés de vent … l’air en mouvement, mon coeur en mouvement. J’essaie de capter ces vagues, des images évanescentes de l’instant et de les mettre en forme vivante. Yoko Shinoda. 
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