Public bus 1370 forever

Ce qui me trouble le plus, c’est surtout l’expérience de la fatalité. Cette façon, ici, presque toujours de s’en remettre à dieu. Et ce sens du commun, dans ce qu’il a de magnifique et de terrible à la fois.

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Ce que j’écris ici chaque jour, ce n’est pas le voyage. C’est autre chose. Il est impossible de l’écrire, le voyage, alors à défaut de l’écrire, j’écris autre chose. Qui peut-être, parfois, y ressemble.
A 4h du matin, je me dirige vers la gare routière de Dessie. Ambiance particulière dans cette ville boueuse que je ne sens pas et que j’ai hâte de quitter. Je ne veux pas passer une nuit de plus ici. En prenant mon billet, je n’étais pas sûr de l’horaire de mon bus car il est facile de se tromper entre l’heure internationale et l’heure Ethiopienne et à Dessie personne ne parle Anglais.
En arrivant à la gare, je suis le seul farengi. Le jour n’est pas encore levé et il y a dans l’air quelque chose de surréaliste à voir toutes ses personnes qui attendent. Dans la gare, qui n’est rien d’autre qu’un immense terrain vague ou s’entassent les bus, le chaos monte lentement, la grille s’ouvre et soudain chacun se précipite vers sa destinée. Se serait trop long à raconter, mais je suis témoin, assis dans mon bus, d’une fourmilière humaine indescriptible. C’est impressionnant. Mon bus, lentement finira par se remplir et par prendre la route. Il se remplira, hors de toutes considérations rationnelles.
Avant de partir, un prêtre orthodoxe montera dans le bus et contre quelques birrs, prodiguera sa bénédiction à chaque passager. Le voyage est maintenant entre les mains de dieu. Salam.
Comment dire ? J’ai eu la chance de faire le voyage le plus hallucinant de toute ma vie. Saignée de 10h, dans un bus bondé, à travers des paysages d’une beauté sans fin. En compagnie de gens avec qui j’ai ris, quand par exemple, j’ai essayé de faire comprendre au chauffeur qu’il fallait que le bus s’arrête pour que je puisse pisser. Hilarité générale.

Ce trajet en bus, Dessie-Lalibela a été une expérience incroyable. J’ai encore devant les yeux, l’image hallucinée de ce berger faisant claquer son fouet en nous voyant rouler à sa hauteur. Exaspération, peur de mourir, fatigue intense, exaltation, claustrophobie, rire, je suis passé par toutes les couleurs du spectre.