Adaptation

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Il faut que je me passe la pommade elocom sur le corps, pour guérir mes piqures de puces.
J’ai changé de chambre. Je suis maintenant dans la 102. Beaucoup moins cher.
Victory, c’est la marque de lavabo de la salle de bain. Je me dis que la victoire n’est pas si certaine vu l’état des chambres dans lesquelles je dors jusqu’ici.
Adaptation, c’est le sentiment qui domine aujourd’hui, quand je pense à ce voyage, qui n’est pas toujours de tout repos. Adaptation au lieu, à la nourriture, aux personnes, aux situations qui se présentent, à mes états d’âmes etc. besoin d’un minimum de confort pour digérer ce que j’ai vécu les derniers jours, qui en paraissent le double.
J’ai mangé ce matin dans la grande salle du restaurant du Taitu hôtel. A l’intérieur, les ampoules électriques diffusent une lumière blanche qui imprime la rétine, plongeant la pièce dans une pénombre étrange. L’intérieur devient un espace feutré. Un lieu fantôme ou les choses semblent ne pas être ce qu’elles sont. 
Demain, je dois prendre 2 bus pour rejoindre Lalibela. Ce qui veut dire 14h de trajet. En avion, cela me prendrait 1h30. C’est ce que je ferais au retour pour m’éviter un trop plein de fatigue. De toute façon, je pense prendre mon temps à Lalibela. Ce sera mon camp de base pour le reste du voyage en Ethiopie. Je ne veux pas tomber malade et j’ai horreur de courir.
Ce matin, j’ai rencontré un journaliste à un café, qui me dit qu’il ne peut plus exercer son métier. Décision du gouvernement. Il a dû fermer son bureau. Il a fait quelques jours de prison. Il semble désespéré et me demande si je peux lui acheter un téléphone. Il tient le journal times dans ses mains. Sur la couverture du journal, le visage de Ted Cruz.
Je réalise qu’un pays te rentre dans le corps sans que tu t’en rende compte. Il te bouge à plusieurs niveaux. Il y a des jours comme aujourd’hui, ou j’ai besoin de mettre une distance entre le pays et moi pour rester serein, alors pour m’évader, j’écoute le morceau caramel prisoner de Air en boucle.