Quelque chose qui me ressemble

Se trouver devant l’impossibilité d’écrire précisément ce qui a fait la richesse d’un voyage.  Se trouver devant l’impossibilité d’écrire la réalité de ce qui a été touché. Se trouver à accepter que l’on ne peut, en définitif, ne décrire que les contours de ce qui a été vécu. Se trouver à accepter que l’on ne peut ramener à la surface, que des morceaux de l’expérience. Que tout ne peut pas être dit, que la nature des choses est intangible. Comment décrire un sourire et faire comprendre que dans une journée qui s’annonçait mal,   ce sourire nous a fait l’effet d’une bombe à fragmentation, irradiant tout le reste de notre journée ? Comment décrire quelque chose qui n’est pas le Taj Mahal, mais qui a eu son poids sur notre existence ? 

Faire ce que l’on peut.  Réponse provisoire.

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Ici, on me demande toujours si je suis marié. La question revient avec la constance d’un métronome. J’ai plusieurs histoires. L’une est que je suis marié. Je ne porte pas ma bague de peur de la perde. l’autre est que je suis divorcé. C’est la même chose lorsque qu’on me demande quelle est ma religion. Parfois, je réponds que je ne suis pas croyant. Et parfois, pour éviter de m’engluer dans l’incompréhension, que je suis Chrétien. C’est toujours délicat d’expliquer que l’on ne croit pas en Dieu, ici à Varanasi. Comment le faire comprendre ? Comment parler de foi et de sentiments sans se perdre ? Comment, par exemple, expliquer, qu’entre deux histoires d’amour, je me retrouve toujours dans la glace ? Comment faire comprendre, que pris dans la glace, lentement, je perds l’habitude du corps de l’autre, jusqu’à ce que la glace fonde à nouveau ?

Je me souviens de ce moment dans Pierrot le Fou, de Jean Luc Godard, quand Camille et Ferdinand se retrouvent, allongés sur une plage, quelque part sur la côte d’azur. Il y a la musique d’Antoine Duhamel. Et la façon émouvante, sensuelle, presque tragique, de Camille de dire à Ferdinand, baise moi. Il y a tout la dedans. Et aujourd’hui,  j’en suis là.