Boue et Or

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Je sympathise avec un enfant, qui chaque jour vient vendre des bougies sur les ghâts. Bougies que l’on dépose comme offrande sur le Gange. Dans ses yeux, je peux lire quelque chose de l’ordre de l’usure. 

Là où je mange depuis quelques jours, c’est un autre enfant qui me sert à manger. La dernière fois, lorsqu’il m’a tendu mon assiette, je me suis rendu compte qu’il avait 6 doigts à sa main droite. Pas très loin de là, ce matin, une chienne à mis bas, à même la rue, une simple bâche de plastique la protégeant des passants. Le lendemain, déjà, quelques chiots morts gisaient dans la boue.

Et chaque jour, son lot de choc. Comme cette femme, avec un visage d’une beauté lumineuse, presque religieuse, qui me réclame dès qu’elle m’aperçoit, en me baisant les mains, du lait pour son enfant. Et cet autre encore, maigre comme un clou, qui me suit comme une plaie pour me vendre quelque chose. Aujourd’hui, la figurine d’une vache sacrée, demain, une effigie de Ganesha. Et cet autre encore, assis devant un pèse-personne, qui m’invite à prendre mon poids contre 5 roupies. Et cet autre, avec sa tête énorme, victime de la maladie de l‘éléphantiasis, que je n’ai pas le courage de regarder dans les yeux, quand il me demande de lui donner 10 roupies. Et la liste est longue, de ces autres qui défilent et te rappellent à  leur réalité.

Quoi penser ? Dans le quartier des joailliers d’Udaipur, j’ai vu un homme qui cherchait de l’or dans les égouts. Il profitait de la poussière d’or que les joailliers laissaient filer dans les eaux usées, pour ramasser suffisamment de quoi nourrir sa famille. La vision de cet homme accroupi, remplissant des seaux de boue était hallucinante. Rêve et réalité du même sexe. Le corps plongé en entier dans la plaie du monde.

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